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Dessine-moi un Bertin

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"Dans quel cas faut-il faire un dessin ? Quel dessin faut-il faire ?" Questions si simples en apparence, mais dont Jacques Bertin n'a eu de cesse de souligner l'importance et le besoin de méthode… Naissance d'une théorie à partir de la pratique et de ses manques.

Jacques Bertin s'est éteint le 3 mai 2010 à l'âge de 92 ans. Auteur, chercheur et enseignant (et pas chanteur), il était le père fondateur et visionnaire de la "sémiologie graphique" et avait dirigé le laboratoire de Graphique de l'École des hautes études en sciences sociales (il s'agit de la Graphique : non pas l'adjectif, mais le substantif féminin qu'il avait forgé pour désigner son champ d'exploration).

Il pourrait considérer son œuvre accomplie, à l'heure où la représentation du complexe ne peut plus se faire sans graphique, et où la visualisation d'information est tellement à la mode. Bon, ok c'est un peu oldschool graphiquement, mais il nous laisse un trésor de sens, à redécouvrir. La lecture de Bertin a été très stimulante pour moi et est venue nourrir un projet de thèse sur les représentations graphiques.

En fait, avant même que la représentation de données ne devienne un champ du design, et puisse comme aujourd'hui, prétendre à être belle, il aura fallu qu'elle accède déjà à une légitimité. Pour cela elle devait faire ses preuves : non seulement capable de représenter au mieux les données traduites dans l'espace, mais au-delà de ça, capable de révéler une signification cachée dans les données. Un long chemin que Bertin a arpenté sans relâche.
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Nicolas Taffin, le 11/07/2010  | [0] commentaires (ouvert) | permalien | twit

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Dreamlands, la ville en jeu

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Coney Island 2003

"Ma ville est le plus beau Park…" visitée aujourd'hui, l'exposition Dreamlands au centre Pompidou. Un petit mot, pour mémoire, et surtout un chapelet de ressources, parce que les utopies urbaines m'ont toujours beaucoup intéressé. Et puis le centre Pompidou n'a pas besoin de publicité de toute manière. Parmi les expos précédentes et ouvrages La cité idéale en Occident ou bien Oscar Niemeyer il y a quelques années au Jeu de Paume.

Attraction universelle

Cette fois-ci, l'angle abordé par les commissaires d'expo Didier Ottinger et Quentin Bajac est celui de l'attraction (du parc). Dreamland était un parc à Coney Island. Expos universelles, fantaisies rutilantes, Pavillons, décors ou fiction. C'est ce qu'ils explorent et exposent. Le monde du Kitsch, Vegas. Le Delirious New York de Koolhaas. Les fantasmes de quelques uns, les réalisation d'autres. Des images, des maquettes, du Tilt-shift (pour mixer les deux et donner au réel un aspect de maquette).

Je me rappelle au passage d'un cimetière d'enseignes abandonnées et des explorations urbaines, car rien ne souligne mieux les utopies que l'abandon et la déliquescence.

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Photo Andy Clymer cc by-nc-sa (source)

Sombres rêves

Absolue spéciale dédicace pour son EPCOT à ce "bon" vieux Walt, Walt Disney. Experimental Prototype Community of Tomorrow est l'incroyable cité utopique qu'il rêvait de construire, non pas comme un projet immobilier géant, mais bien comme une cité idéale, empruntant à Platon, Campanella aussi allègrement qu'il le fit à Perrault, rêvant de gouverner les flux de sa ville-fourmillière, et d'éduquer. Le film qu'il a réalisé pour convaincre et obtenir les autorisations nécessaires est à voir absolument. Ici la deuxième partie (il y en a trois, les liens sont en dessous - si vous êtes pressés allez directement à 4 minutes 30). On peut le visionner intégralement, sous-titré et en bien meilleure qualité dans l'exposition, ou en lire la transcription.



Tommaso Campanella, la cité du Soleil, 1593Projet de Nicolas Ledoux pour la ville de ChauxEPCOT project Disney part 1
EPCOT project Disney part 2
EPCOT project Disney part 3
Page wikipedia avec des liens.
Images : à gauche, Projet de Nicolas Ledoux pour la ville de Chaux ; à droite : Tommaso Campanella, la cité du Soleil, 1593.


Ces rêves de cités planifiées totales, avec lesquels on aime jouer (le jeu démiurgique Sim City aurait eu là toute sa place), mais si angoissants au réveil, ont pourtant aujourd'hui franchi la barrière du réveil. La frontière virtuel/réel est abattue à Dubaï. Promenez-vous sur la côte et zoomez pour voir l'avancement de ces grappes d'îles artificielles en forme de concept marketing (the palm, the world). Utopie d'un shopping center absolu et mondial.


Agrandir le plan

Glaçantes, ces réalisations pharaoniques de Dubaï, sont pharaoniques au sens propre, si on prend en compte leur coût humain (auquel il faut ajouter le bilan environnemental) - explorer Dubaï en son grâce à la belle série de Daniel Mermet et en images avec Google. La ville se fait parc à thème. Le tourisme de masse l'a transformée.

Et toujours des SDF

En écho à ces dernières utopies dorées et clinquantes, d'étranges cabanes sont greffées sur le centre Pompidou, dans le centre aussi, comme des nids d'hirondelles qui rappellent à juste titre la part de précarité et de désordre que ces utopies génèrent tout en les évacuant. Jolie intervention de Tadashi Kawamata.

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Tadashi Kawamata, hut, ou la précarité pas si éphémère.

Dreamlands, centre Pompidou jusqu'au 9 août - (plus d'info et dossier de presse).
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Nicolas Taffin, le 01/07/2010  | [0] commentaires (ouvert) | permalien | twit

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Oups ! encore un petit Flash, Steve

Eh ben alors ? Je croyais qu'on pouvait tout faire sans Flash, moi ;-)

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En plus pour un (célèbre) hack d'Upload… Allez, encore un effort !


Nicolas Taffin, le 21/06/2010  | [0] commentaires (ouvert) | permalien | twit

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Rêveurs, marchands et pirates

Rêveurs, marchands et pirates
Je viens de lire Rêveurs, marchands et pirates, que reste-t-il du rêve de l'Internet ? de Joël Faucilhon, qui est l'animateur du réseau http://lekti-ecriture.com (le livre est publié aux éditions Le Passager Clandestin).

Une lecture d'une seule traite de ce livre très bien écrit et documenté, qui brosse un portrait historique de l'internet, en trois parties : le rêve, la marchandise, et le détournement.
Une histoire ? oui, mais pas seulement (ah ! si seulement les trois parties pouvaient correspondre à trois temps successifs, le meilleur serait à venir :-)

Non, il y a de la chronologie, mais pas uniquement, car le rêve et la cupidité sont de tous les âges.
Dans la première partie, Joël Faucilhon prenant le temps de tout expliciter sans présupposés, j'ai souvent retrouvé les noms et jalons que je connaissais. Mais il est vrai que nous ne sommes pas tous égaux dans la culture numérique et de toute manière, c'est un plaisir de lire dans le texte la description visionnaire de son Memex par Vannevar Bush, les débuts de Cyclades à L'INRIA, ou les potacheries illégales de petit Jobs et petit Woz sur leur campus.

Dans la deuxième partie, consacrée aux entreprises du net, j'ai découvert plus d'information inconnues et terrifiantes. On y voit bien que les entreprises du net peuvent adopter un comportement asocial qui, au lieu d'être encouragé, mérite des sanctions. Les démocraties ne l'ont pas encore compris. L'économie des médias numériques y est bien déconstruite, en particulier l'illusion d'immédiateté, de bonté qu'entretien le côté convivial, coloré et partagé de l'écran. Amazon et PriceMinister, que l'auteur affectionne particulièrement, sont stigmatisées.

Enfin, Joël Faucilhon dessine un peu plus précisément le portrait du pirate en bibliothécaire qu'il avait esquissé dans le Read/write book (téléchargeable en ligne). Un pirate qui n'est pas précisément mauvais, ni violent, puis qu'il regroupe, étiquette, conserve, et diffuse - de plus en plus discrètement - les biens culturels souvent les moins profitables que le marché a abandonné (ah ! le temps du ciné-club à la télé… mais au fait, si nous organisions notre ciné-club ? et nous voilà pirates : TAZ !).

Des pirates aux trésors il n'y a pas loin : des perles au fil des pages, merci pour la traduction en français de cette "conscience du hacker" par the Mentor (disponible en anglais ici http://www.mithral.com/~beberg/manifesto.html) qui aurait bien intéressé Bettelheim.

Petit regret, parce que c'est chiant les articles qui disent que tout est bien, ou petit rebond : l'internet n'est pas né uniquement de rêve et même ce rêve avait ses ambiguités. Philippe Breton a très bien souligné, dans son ouvrage remarquable l'utopie de la communication (la Découverte, 1997), la dimension idéologique des techniques de la communication, et ses liens avec la théorie des systèmes. Une idéologie bien distincte de celle que l'imprimerie a forgé sur le livre : l'humanisme. Que restera-t-il de ce choc idéologique, celui qui s'achève maintenant dans l'accouchement des ebooks ? (Une question posée aux Rencontres de Lure il y a quelques années.)

Ceci tuera-t-il cela : le livre ne va peut-être pas mourir, mais l'humanisme du livre ? N'est-il pas étonnant qu'en même temps se pose la question du livre numérique et celle de la liquidation de la sphère privée par la même technologie ? Moi j'aurais bien aimé que ce rêveur, ce cupide et ce pirate, m'aident à répondre d'un peu plus près à cette question qui me semble urgente. Établissement du texte, traduction, critique, correction et correspondances en réseau : c'est ce mouvement d'échanges et de pensés que demanda l'imprimerie aux premiers éditeurs imprimeurs, impulsant ce qu'on appelle l'humanisme. On retrouve un peu de ça, semble-t-il, dans les îlots pirates que décrit Joël Faucilhon. C'est encourageant, et tout autant désespérant par la marginalisation forcée que cela démontre.

Ceci dit, un livre qui cite plusieurs fois l'entonnoir ne peut être un mauvais livre ;-) J'en profite pour annoncer discrètement la sortie prochaine chez C & F éditions d'un très bel ouvrage sur la contreculture et d'un autre, non moins beau, sur les biens communs… (à suivre).

En tout cas, en attendant, RDV sur lekti pour acquérir et lire Rêveurs, marchands et pirates. Un blog est consacré à ce très bon essai ici : http://www.lekti-ecriture.com/blogs/internet/


Nicolas Taffin, le 03/06/2010  | [0] commentaires (ouvert) | permalien | twit

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La typo entre plaisir et devoir

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La semaine d'été des Rencontres internationales de Lure se met en place. Du 22 au 28 août 2010, on pourra y entendre, voir et rencontrer de grands noms du graphisme, ainsi que de jeunes talents autour de la question de la fonction des formes. Inscription en ligne avec remise de 20% pour les premiers.

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La typographie entre plaisir et devoir


Les arts graphiques devraient-ils se satisfaire d'être décoratifs, ou se contenter de leur fonction organisatrice ? De la rigueur à la superficialité, une oscillation permanente et jubilatoire pour mieux comprendre le graphisme.

Deux idées du graphisme, éloignées comme des pôles. La première évoque l'embellissement, couvre un territoire qui s'étend de l'ornemental au (néo)rococo, en passant par la création virtuose, gratuite, non sans humour parfois. La seconde, sérieuse, droite, veut organiser en créant des règles, structurer en s'appuyant sur un vocabulaire simple, minimal, pour ne rien ajouter qui ne soit nécessaire.

Entre les deux, le graphiste serait-il condamné à choisir son camp ? Décorateur ou bien ingénieur, on pourrait lui reprocher dans un cas sa superficialité, sa vanité, et dans l'autre sa froideur, son autoritarisme. Art appliqué, design, ou art décoratif : le choix même des mots semble l'obliger à prendre parti. C'est peut-être la raison pour laquelle celui qui crée des signes, compose des pages et des écrans, peut avoir du mal à dire simplement le nom de son métier.

La singularité de ce métier serait de se nourrir tout autant de l'art que des techniques, du plaisir esthétique que de la conscience de son rôle et de son utilité. La difficulté devenant alors d'orchestrer ces tendances contradictoires, ces désirs concurrents. De trouver son équilibre tout en assumant la pluridisciplinarité.

Dans un balancement réjouissant et éclairant, les Rencontres internationales de Lure invitent de grands acteurs et observateurs du monde graphique à témoigner en mots et en images de leur expérience : typographie et création de caractères, design, mode, photographie, signalétique, packaging, infographie, histoire, illustration, ne sont jamais aussi utiles que quand on les écoute !

Les arts graphiques devraient-ils se satisfaire d'être décoratifs, ou se contenter de leur fonction organisatrice ? De la rigueur à la superficialité, une oscillation permanente et jubilatoire pour mieux comprendre le graphisme.

http://www.rencontresdelure.org/ete/prog.html


Nicolas Taffin, le 27/05/2010  | [0] commentaires (ouvert) | permalien | twit


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